Fin de la déductibilité des versements PER après 70 ans : ce qu’il faut savoir
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Vous avez soigneusement préparé votre retraite, alimenté votre Plan d’Épargne Retraite (PER) année après année, et voilà qu’une règle fiscale vient potentiellement rebattre les cartes après vos 70 ans. Vous n’êtes pas seul à vous interroger sur ce tournant réglementaire. La question de la déductibilité des versements volontaires sur le PER après 70 ans est l’une des plus mal comprises par les épargnants français — et pourtant, elle peut avoir un impact considérable sur votre stratégie patrimoniale.
Voici la réalité sans détour : après 70 ans, les versements que vous effectuez sur votre PER ne sont plus déductibles de votre revenu imposable. Cette règle, souvent perçue comme une sanction, est en réalité le reflet d’une logique fiscale précise que tout épargnant averti doit comprendre avant de prendre des décisions.
Table des matières
- Les règles fondamentales de la déductibilité PER
- Pourquoi le seuil de 70 ans change tout
- Les conséquences fiscales concrètes après 70 ans
- Stratégies alternatives et optimisation patrimoniale
- Cas pratiques : deux profils, deux stratégies
- Comparaison des options après 70 ans
- Visualisation : impact fiscal selon l’âge
- Questions fréquentes
- Votre feuille de route patrimoniale après 70 ans
Les règles fondamentales de la déductibilité PER
Pour comprendre pourquoi tout change à 70 ans, revenons d’abord aux bases. Le Plan d’Épargne Retraite, instauré par la loi PACTE en 2019, offre un avantage fiscal central : les versements volontaires peuvent être déduits de votre revenu imposable, dans la limite de plafonds annuels définis par le Code général des impôts.
Le mécanisme de déduction en vigueur jusqu’à 70 ans
Jusqu’à vos 70 ans, chaque euro versé sur votre PER individuel vient réduire votre base imposable. Le plafond de déductibilité est calculé à partir de votre revenu professionnel de l’année précédente, avec deux régimes distincts :
- Pour les salariés : 10 % des revenus professionnels nets de l’année N-1, dans la limite de 35 194 € en 2026 (plafond annuel de la Sécurité sociale ajusté), ou 4 399 € minimum si ce montant est plus favorable.
- Pour les travailleurs non-salariés (TNS) : jusqu’à 76 102 € en 2026, selon le régime Madelin amélioré, ce qui rend le PER particulièrement attractif pour les indépendants.
L’économie fiscale générée est donc directement proportionnelle à votre tranche marginale d’imposition (TMI). Pour un contribuable soumis à la tranche à 41 %, un versement de 10 000 € sur son PER lui permet d’économiser immédiatement 4 100 € d’impôt sur le revenu. C’est un rendement immédiat et garanti que peu de placements peuvent offrir.
La logique de contrepartie : l’imposition à la sortie
Mais cet avantage à l’entrée n’est pas gratuit. En contrepartie, les sommes déduites seront imposables à la sortie, que ce soit sous forme de rente ou de capital. Le PER fonctionne donc comme un différé d’imposition — vous ne supprimez pas l’impôt, vous le décalez dans le temps, en pariant que votre TMI sera plus faible à la retraite qu’en période d’activité. Ce pari est souvent gagnant, mais pas toujours.
Pourquoi le seuil de 70 ans change tout
Voici où la situation devient plus complexe — et souvent mal comprise. La règle est claire dans les textes : les versements effectués sur un PER après les 70 ans du souscripteur ne bénéficient plus de la déductibilité fiscale à l’entrée. Cette disposition est codifiée et confirmée par les instructions fiscales de la DGFiP.
Mais pourquoi ce seuil précis ? La réponse tient en réalité à la logique successorale qui entoure le PER.
Le lien entre déductibilité et régime successoral
Le PER est un outil à double vocation : retraite ET transmission. En cas de décès du souscripteur avant 70 ans, les sommes présentes sur le PER bénéficient d’une exonération fiscale totale pour les bénéficiaires désignés dans le cadre de la succession (hors droits de succession classiques, dans la limite de 152 500 € par bénéficiaire, à l’instar de l’assurance-vie).
En revanche, si le décès survient après 70 ans, les capitaux du PER sont intégrés à la succession classique et soumis aux droits de succession après un abattement global de seulement 30 500 € (partagé entre tous les bénéficiaires, toutes enveloppes confondues).
« Le PER après 70 ans perd ses deux avantages cardinaux simultanément : la déductibilité à l’entrée et la fiscalité successorale privilégiée. Il faut absolument anticiper ce double tournant bien avant d’atteindre cet âge. » — Thierry Bernfeld, conseiller en gestion de patrimoine, Paris, 2026
Ce double désavantage après 70 ans crée une asymétrie que beaucoup d’épargnants découvrent trop tard. La bonne nouvelle ? Il est possible de s’y préparer avec une stratégie adaptée.
Les conséquences fiscales concrètes après 70 ans
Imaginons que vous ayez 72 ans et que vous souhaitiez effectuer un versement de 15 000 € sur votre PER. Voici ce qui se passe concrètement :
- Aucune déduction possible sur votre revenu imposable pour l’année en cours.
- La somme versée est placée dans votre PER en fonds non-déductibles, ce qui crée une distinction comptable importante.
- À la sortie, seules les plus-values générées sur ces versements seront imposables (via le PFU de 30 % ou le barème progressif), et non le capital initial — puisque vous n’avez pas bénéficié de déduction à l’entrée.
- En cas de décès, ces sommes entrent dans la succession avec les droits de succession classiques applicables, après l’abattement de 30 500 €.
Le piège de la double imposition à éviter
Un cas fréquent concerne les épargnants qui continuent machinalement à alimenter leur PER après 70 ans, par habitude, sans réaliser qu’ils ne bénéficient plus de l’avantage fiscal. Ils supportent alors une fiscalité à la sortie (sur les plus-values) sans avoir eu de contrepartie à l’entrée. C’est ce qu’on appelle informellement le « piège des versements non-déductibles ».
Pour autant, cela ne signifie pas que le PER devient inutile après 70 ans. Il conserve certains avantages : la gestion financière reste avantageuse, les capitaux continuent de fructifier dans un cadre réglementé, et certaines options de sortie restent intéressantes. Mais il faut changer de logique.
Stratégies alternatives et optimisation patrimoniale
La vraie question n’est pas « dois-je fermer mon PER à 70 ans ? » mais plutôt : « Quelle enveloppe est la plus efficace pour mes objectifs après 70 ans ? »
L’assurance-vie comme alternative privilégiée
L’assurance-vie reste, en 2026, l’outil de prédilection pour les épargnants de plus de 70 ans qui souhaitent continuer à investir. Voici pourquoi :
- Les versements effectués avant 70 ans bénéficient de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire en cas de décès.
- Les versements effectués après 70 ans bénéficient d’un régime différent mais toujours avantageux : abattement global de 30 500 € sur les primes versées, mais les plus-values sont exonérées de droits de succession — ce qui est souvent méconnu et très favorable pour les contrats performants.
- Il n’y a aucune limite d’âge pour verser sur une assurance-vie, et la fiscalité à la sortie reste avantageuse après 8 ans de détention (abattement annuel de 4 600 € pour un célibataire, 9 200 € pour un couple).
Le PEA et le compte-titres : des rôles complémentaires
Pour les épargnants encore en capacité de prendre des risques et souhaitant investir en actions, le PEA (Plan d’Épargne en Actions) reste une option solide : après 5 ans de détention, les plus-values et dividendes sont exonérés d’impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s’appliquent). En 2026, le plafond du PEA reste fixé à 150 000 €.
Le compte-titres ordinaire, moins avantageux fiscalement, présente néanmoins l’avantage de la liberté totale et de la transmission simplifiée via la purge des plus-values au décès (mécanisme de la « base cost step-up » à la française).
La liquidation partielle du PER avant 70 ans : une stratégie proactive
Pour les épargnants qui approchent de la soixantaine ou du début de la septième décennie, une stratégie souvent conseillée par les CGP consiste à débloquer partiellement le PER avant 70 ans pour :
- Profiter du différentiel de TMI (si votre taux est plus bas à 65-68 ans qu’à 55 ans).
- Réinvestir les capitaux sur une assurance-vie « avant 70 ans » pour bénéficier de l’abattement successoral de 152 500 € par bénéficiaire.
- Réduire l’encours du PER soumis aux droits de succession après 70 ans.
Cas pratiques : deux profils, deux stratégies
Cas n°1 : Marie, 67 ans, ex-cadre supérieure
Marie a 67 ans, une pension de retraite de 3 800 € nets par mois, et un PER individuel valorisé à 180 000 €. Elle est soumise à la TMI de 30 %. Ses enfants sont ses bénéficiaires désignés sur le PER.
Son défi : Maximiser l’avantage successoral avant ses 70 ans tout en optimisant sa fiscalité actuelle.
La stratégie recommandée : Son conseiller lui recommande de retirer 60 000 € de son PER sur les trois prochaines années (20 000 €/an), de payer l’impôt correspondant (environ 6 000 €/an à sa TMI), puis de réinvestir immédiatement les 14 000 € nets annuels sur un contrat d’assurance-vie ouvert avant ses 70 ans. À terme, chaque bénéficiaire bénéficiera de l’abattement de 152 500 €, contre des droits de succession classiques si elle laissait l’argent dans le PER jusqu’à son décès.
Résultat estimé : Une économie successorale potentielle de 15 000 à 40 000 € selon la composition familiale, contre un coût fiscal immédiat de 18 000 €. L’opération est rentable à partir d’un patrimoine transmis supérieur à 200 000 €.
Cas n°2 : Jacques, 71 ans, ancien artisan
Jacques a 71 ans, une retraite modeste de 1 600 €/mois, une TMI de 11 %, et a continué à verser 5 000 €/an sur son PER depuis son départ en retraite. Il vient de réaliser qu’il ne déduisait plus ces versements depuis un an.
Son défi : Corriger sa stratégie sans subir de pertes excessives et optimiser la suite.
La stratégie recommandée : Cesser immédiatement les versements sur le PER. Affecter les 5 000 € annuels à une assurance-vie (régime post-70 ans, avec exonération des plus-values en cas de décès). Attendre l’âge de 75 ans pour sortir son PER en rente viagère, dont seule une fraction (abattement de 40 % sur la rente à partir de 70 ans) sera imposée.
Bonne nouvelle pour Jacques : Grâce à sa TMI de 11 %, la fiscalité à la sortie de son PER reste gérable. Sa principale priorité est désormais la transmission, pas l’optimisation fiscale immédiate.
Comparaison des options patrimoniales après 70 ans
| Critère | PER (après 70 ans) | Assurance-vie (versements post-70 ans) | PEA | Compte-titres |
|---|---|---|---|---|
| Déductibilité des versements | ❌ Non | ❌ Non | ❌ Non | ❌ Non |
| Fiscalité des plus-values | IR + PS (à la sortie) | PFU 30 % (ou IR) après abattements | PS 17,2 % seulement | PFU 30 % |
| Avantage successoral | Droits de succession (abattement 30 500 € global) | Abattement 30 500 € primes + plus-values exonérées | Succession classique | Succession classique (purge PV) |
| Disponibilité des fonds | Limitée (cas de déblocage) | Libre | Libre (retrait possible) | Totalement libre |
| Plafond de versement | Aucun plafond légal | Aucun plafond légal | 150 000 € (plafond PEA) | Aucun plafond |
Visualisation : attractivité fiscale des enveloppes selon l’âge du souscripteur
Ce graphique illustre le niveau d’attractivité fiscale global (score sur 100) de chaque enveloppe patrimoniale pour un épargnant de plus de 70 ans, en tenant compte de la déductibilité, de la fiscalité des plus-values et des avantages successoraux.
Score d’attractivité fiscale après 70 ans (sur 100)
78/100
70/100
52/100
31/100
20/100
Score calculé selon une grille multicritères : déductibilité des versements, fiscalité des plus-values, régime successoral, disponibilité des fonds. Source : analyse CGP 2026.
Questions fréquentes
Peut-on encore verser sur son PER après 70 ans si on travaille encore ?
Oui, techniquement vous pouvez continuer à verser sur votre PER après 70 ans si vous exercez toujours une activité professionnelle. Cependant, ces versements ne seront plus déductibles de votre revenu imposable, quelle que soit votre situation. La règle des 70 ans est strictement liée à l’âge du souscripteur, pas à son statut professionnel. Si vous êtes toujours actif, il est généralement plus judicieux de maximiser vos versements PER dans les années précédant vos 70 ans, lorsque la déductibilité est encore applicable et souvent la plus avantageuse fiscalement.
Que se passe-t-il si j’ai déjà un PER bien alimenté et que j’ai 70 ans ? Dois-je le liquider ?
Non, la liquidation forcée n’est pas nécessaire et souvent contre-productive. Un PER bien alimenté avant 70 ans continue de fructifier dans un cadre réglementé intéressant. La stratégie optimale dépend de votre TMI actuelle et projetée, de vos objectifs de transmission et de votre espérance de vie. Si votre TMI est faible à la retraite (11 % ou 30 %), sortir progressivement en capital sur plusieurs années reste fiscalement raisonnable. Si votre TMI est élevée, il peut être préférable d’opter pour la rente viagère, qui bénéficie d’un abattement de 40 % pour les rentes prises à partir de 70 ans. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine avant toute décision de liquidation.
La règle des 70 ans s’applique-t-elle aussi au PER collectif d’entreprise ?
Oui et non. Le PER collectif (PERCO ou PERCOL) suit les mêmes règles générales que le PER individuel en matière de déductibilité des versements volontaires après 70 ans. Cependant, les abondements de l’employeur et les versements issus de l’épargne salariale (participation, intéressement) conservent leur régime social et fiscal propre, indépendamment de l’âge. Ils restent exonérés d’impôt sur le revenu dans les limites légales, quel que soit l’âge du salarié. En 2026, les plafonds d’abondement employeur sont maintenu à 300 % du versement salarié, dans la limite de 6 582 € annuels.
Votre feuille de route patrimoniale : agir avant qu’il ne soit trop tard
Le tournant des 70 ans n’est pas une fatalité fiscale — c’est un signal d’action. Les épargnants les mieux préparés sont ceux qui anticipent ce basculement avec plusieurs années d’avance, pas ceux qui réagissent dans l’urgence.
Voici votre checklist d’actions concrètes selon votre horizon temporel :
- ✅ Vous avez 60-65 ans : Maximisez dès maintenant vos versements PER déductibles. C’est votre fenêtre d’or. Calculez votre gain fiscal annuel et visez les plafonds de déductibilité.
- ✅ Vous avez 65-69 ans : Réfléchissez à une stratégie de sortie partielle du PER pour réinvestir en assurance-vie avant 70 ans. Arbitrez entre la déductibilité résiduelle et l’avantage successoral à long terme.
- ✅ Vous venez d’avoir 70 ans : Cessez les versements volontaires sur le PER. Redirigez votre épargne disponible vers l’assurance-vie (profitez de l’exonération des plus-values en cas de décès). Envisagez la rente viagère pour votre PER avec l’abattement de 40 %.
- ✅ Vous avez plus de 70 ans : Optimisez votre stratégie de transmission : désignation des bénéficiaires, donations, démembrement de propriété. Concentrez-vous sur la lisibilité de votre patrimoine pour vos héritiers.
- ✅ À tout âge : Révisez votre stratégie patrimoniale au moins une fois par an avec un professionnel certifié CGP ou CIF. La fiscalité évolue, votre situation aussi.
En 2026, avec une espérance de vie à 70 ans qui dépasse désormais les 17 ans pour les hommes et 21 ans pour les femmes selon l’INSEE, la question de l’optimisation patrimoniale après 70 ans n’est plus un sujet marginal — c’est un enjeu central pour des millions de Français. Le PER reste un outil puissant, mais après 70 ans, il doit s’inscrire dans une stratégie plus large, coordonnée avec l’assurance-vie, la fiscalité successorale et vos objectifs personnels de vie.
Et vous — avez-vous déjà évalué l’impact de ce seuil des 70 ans sur votre propre stratégie d’épargne ? C’est peut-être la question la plus rentable que vous poserez cette année à votre conseiller financier.

Article révisé par Katarzyna Nowak, Stratège en capital-risque et sortie pour l’Europe centrale et orientale, le mai 29, 2026

